Lu et apprécié par Roxane

Derrière les panneaux, il y a des hommes

Joseph Incardona, ed. Finitude


Ce qu’un homme a fait, un autre homme peut le défaire.

 

Cette phrase remplie d’optimisme annonce la couleur de ce nouveau roman de Joseph Incardona, dont j’avais adoré 220 volts. Ce roman noir aux accents tragiques a la particularité de plonger le lecteur dans une ambiance dérangeante tout en étant étrangement attirante. L’histoire commence avec de multiples disparitions de petites filles classées sans suite. Ces disparitions ont toutes un point commun : l’aire d’autoroute où chaque parent a vu sa progéniture se volatiliser. Pierre est l’un de ces parents meurtris ; depuis l’enlèvement de sa petite fille, il a élu domicile sur cette aire d’autoroute. Son quotidien : le siège de sa voiture en guise de lit, les toilettes publics comme douche et, comme moteur à ses journées, un désir de vengeance obsessionnel. De l’autre côté, il y a le cuisinier de la cafeteria de l’aire d’autoroute. Employé modèle, si ce n’est son incontrôlable envie de s’attaquer à un type très précis de petites filles. Lors d’un énième enlèvement, Pierre y voit l’opportunité de faire justice lui-même, quitte à outrepasser les lois.

Mon premier choc à la lecture de ce roman est l’impression de voir J.G. Ballard rencontrer Maurice G. Dantec. L’écriture est empreinte de poésie tout en abordant les côtés les plus ignobles de l’humain, l’atmosphère est lourde et poisseuse et est perceptible, tant les mots de Joseph Incardona sont justes. Il n’est pas évident de susciter l’envie lorsque le sujet abordé est aussi difficile, mais il est par contre important de le relever quand cela est fait avec autant de talent. Ce qui est le cas avec Derrière les panneaux, il y a des hommes qui m’a convaincue autant que bouleversée.