Lu et apprécié par Roxane

Hiver à Sokcho

Elisa Shua Dusapin, ed. Zoe


Loin des sempiternels romans évoquant Séoul la tumultueuse ou encore le mystère entourant la Corée du Nord, ce premier roman d’Elisa Shua Dusapin nous plonge dans le village portuaire de Sokcho, village inconnu pour beaucoup d’entre nous. Sokcho n’étant pas la destination rêvée du touriste lambda, et ce encore moins en hiver, son histoire n’en reste pas moins intéressante. Étant anciennement une commune de la Corée du Nord, elle bascule au Sud lors du déplacement officiel de la frontière en 1945. Le village se voit malgré tout affublé d’un musée en l’honneur de son ancienne appartenance, et pousse le vice jusqu’à proposer des installations composées de jumelles permettant aux habitants de contempler le no man’s land séparant les deux parties.

Dans ce contexte singulier, la narratrice nous livre un quotidien morne et ennuyeux. Franco-coréenne et orpheline de père, elle a étudié la littérature française en mémoire de celui qu’elle n’a pas connu et dont sa mère refuse de parler. Dans l’attente d’une ébauche d’avenir la concernant, elle occupe un poste d’hôtesse d’accueil dans une auberge délabrée. Alors que l’hiver s’installe, elle fait la rencontre d’un nouveau résident, auteur de bande dessinée à succès et d’origine française.  Contrairement à ce qu’elle imagine, ce dernier n’a aucune affection ou fascination pour le village. Errant et en manque d’inspiration, Yan n’est pas à proprement parlé l’étranger mystérieux plein de charme, mais nous rappelle plutôt le Meursault de Camus. Pourtant, une étrange complicité faite de silences et d’incompréhensions s’installe entre eux.

Dans un méli-mélo de sentiments contraires bercés d’effluves de sèche et de Soju, Hiver à Sokcho surprend par sa force et son authenticité. Rien n’est surfait et aucunement enjolivé, les rapports humains sont complexes voire douloureux au même titre que l’histoire de ce pays que l’on découvre en filigrane et ce de manière subtile.