Jean-Laurent Del Socorro

Le 12/03/2020 à 19h00

« Je suis fille de rage » : Rencontre avec Jean-Laurent Del Socorro

Raconter la guerre de Sécession « de la première balle tirée au dernier fusil rendu », à travers les destins croisés d’une quinzaine de personnages, c’est le pari un peu fou que Jean-Laurent Del Socorro s’est lancé pour son troisième roman…

Un défi relevé haut la main !

Paru aux éditions Actusf, Je suis fille de rage est un livre captivant à la construction impeccable, plein de bruit et de fureur.

Nous aurons le plaisir de recevoir Jean-Laurent Del Socorro le jeudi 12 mars à 19h à la librairie pour en parler. Une rencontre qui, à l’image de son roman, mêlera histoire, littérature… avec une pointe de fantastique !

Réservation conseillée, à la boutique ou par téléphone au 04.78.14.52.27

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A propos de Je suis fille de rage

Royaume de vent et de colère, le premier roman de Jean-Laurent Del Socorro, se déroulait à la fin du XVIé siècle, durant les guerres de religion. Le deuxième, Bouddica, narrait le destin d’une reine Celte mythique, fer de lance de la résistance contre l’envahisseur romain.

Avec son troisième roman, Jean-Laurent Del Socorro fait un saut vers l’histoire contemporaine : Je suis fille de rage a pour sujet la Guerre de Sécession, le conflit fratricide qui divisa les États-Unis de 1861 à 1865, opposant l’Union des États du Nord, dirigés par Abraham Lincoln et favorables à l’abolition de l’esclavage, à la Confédération des États esclavagistes du Sud.

Conteur hors pair, il déploie les enjeux historiques et politiques de ce conflit majeur, tout en nous captivant pour le destin de ses personnages.

Le pari était aussi d’utiliser la forme d’un roman choral, qui, alternant les points de vue, nous mette à la fois au coeur des événements et du vécu des personnages. Parmi ceux-ci, certains sont bien réels, comme Abraham Lincoln, Robert E. Lee, les généraux Grant, Sherman, ou encore l’inoubliable Harriet Tubman. D’autres sont de pures inventions, et apportent à la trame de l’histoire une part supplémentaire d’inconnu et de suspense, mais aussi de relief, car leurs voix prennent finalement autant de consistance que celles des grandes figures historiques.

L’auteur fait d’ailleurs la part belle à ses personnages féminins, comme Caroline, jeune fille d’esclavagistes qui a trahi son camp pour rallier les abolitionnistes, ou Minuit, une ancienne esclave et soldate enrôlée chez les Unionistes.

Le roman prend ainsi le parti de nous faire entrer dans la grande Histoire par la petite porte et de donner du poids à des destinées plus humbles, celles que les grands récits retiennent rarement, en montrant qu’elles aussi peuvent faire basculer le cours des événements.

Outre ce caractère polyphonique, la volonté du roman de rendre compte du conflit avec réalisme l’amène aussi à puiser dans des formes textuelles multiples. Séquencé en courts chapitres, il intègre des documents historiques, des télégrammes, des lettres et des unes de journal, qui ponctuent le récit et viennent contrebalancer la perspective subjective des passages romancés. On devine le travail de documentation colossal qui a présidé à l’écriture du livre, et qu’il parvient à intégrer sans lourdeurs.

Le danger, pour un livre qui multiplie les points de vue, et qui tend à une telle exhaustivité dans la vision qu’il délivre d’un épisode historique aussi complexe, serait d’éparpiller la lecture, empêchant le lecteur de se forger une vision d’ensemble. Or, le roman ne tombe pas dans cet écueil : outre les indications géographiques et temporelles qui nous guident de chapitre en chapitre, son style précis et immersif nous absorbe de manière croissante dans une narration dont on ne perd jamais le fil. Jean-Laurent Del Socorro appartient à la famille des écrivains qui travaillent leur écrire de manière acérée, n’en gardant pour ainsi dire que le nerf et les tendons, sans jamais sacrifier la beauté des mots. Rythmée et épurée, sa langue donne ainsi lieu à des scènes de bataille, ou encore de discours, particulièrement saisissantes.

Où est l’imaginaire dans tout cela, vous demanderez-vous ? C’est de manière très discrète que le fantastique s’adjoint au récit, sans concurrencer sa fidélité à l’Histoire, notamment au travers d’étranges scènes de dialogue entre Abraham Lincoln et la Mort elle-même, personnifiée,  qui s’adonne à un macabre décompte des victimes de la guerre… Nous ne vous en dirons pas plus, sinon que le roman plaira aussi bien aux amateurs d’Histoire que de fantasy !

Mêler Histoire et imaginaire ; mettre en miroir les enjeux des guerres et la violence parfois absurde des champs de bataille ; entrelacer le destin de grands personnages historiques à celui d’anonymes ; raconter ce qui meut les hommes et les femmes, aussi bien leurs bassesses que leurs moments de bravoure : voilà quelques thèmes qui traversent l’oeuvre de Jean-Laurent Del Socorro, auxquels Je suis fille de rage ne fait pas défaut.

Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro, éditions ActuSF (23€90).

Le programme des rencontres de la librairie est organisé avec le concours de la Région Rhône-Alpes.