Lu et apprécié par Salomé

La race des orphelins

Oscar Lalo aux éditions Belfond


Oscar Lalo écrit sur la mémoire dont on ne veut pas se souvenir. Celle qui nous échappe, dont on a honte. Une écriture saisissante où les mots sont murmurés pour nous laisser le temps de les écouter.

Ce roman retrace l’histoire d’une femme sans nom, sans date ni lieu de naissance, sans histoire et sans mots. Cette femme engage un scribe pour écrire son journal. Quand les mots nous manquent, les silences font sens. On l’appelle Hildegard Müller, elle préfère Sara, sans H. Trop de H ont abîmé sa vie. C’est une enfant issue d’un Lebensborn Program. Elle est née pour répondre à des fantasmes de perfection. Ses origines ont été effacées parce qu’elles sont honteuses, pourtant, elle n’arrive pas à s’en détacher. Elle n’a pas de mots, elle ne sait pas les manier, leur donner vie, elle a donc besoin de quelqu’un pour les coucher sur papier. Ce journal est « le cadeau de sa naissance avant qu’elle ne meure. » Cette histoire de la grande Histoire, nous la connaissons mal et ce récit nous replonge dans la survie de cette orpheline. Elle, comme tant d’autres, est également la victimes de cette guerre. Victime accusée coupable. Ce journal est sa plaidoirie. Après toutes ces années, réussira-t-elle à obtenir des réponses ? A deux, ils mettent des mots sur l’indicible, ce qui lui permet, ligne après ligne, d’avancer. Elle tente de comprendre l’incompréhensible, ces questions qui la hantent depuis toujours n’ont peut-être aucune réponse. Son récit est accompagné des mots de ceux qui en ont, Anne Franck, Anna Andlauer, Kafka, Hannah Arendt et de tant d’autres…

L’auteur joue avec les mots, leurs sonorités, leur sens et leur écho, nous livrant un roman marquant, un de ceux que l’on n’oublie pas. La mélodie de sa narration continue de nous trotter dans la tête une fois le livre refermé. Un roman magnifique, pudique, dont l’écriture oscille entre fragilité et fermeté. C’est un plaisir de se replonger dans l’écriture de cet auteur qui manie avec subtilité le récit des souvenirs oubliés.