Lu et apprécié par Anne

Le Mars Club

Rachel Kushner, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sylvie Schneiter, éd. Stock.


Le Mars Club, c’est le club de strip-tease où travaillait Romy, 29 ans, avant d’être condamnée à deux peines de prison à perpétuité, plus 6 ans, et transférée à la prison pour femmes de Stanville en Californie. C’est à travers ses yeux que l’on découvre la vie carcérale, un quotidien rythmé par les règlements stricts de la prison, accumulation vertigineuse de clauses à la logique parfois insondable, mais aussi par des règles non-écrites, un faisceau de rites qui régissent les rapports entre co-détenues. Car ce roman nous immerge dans  un véritable microcosme, où faculté d’adaptation, prudence et résignation, sont des clés indispensables à la survie psychique et physique.

A partir du personnage de Romy, ce sont aussi des récits et des portraits de détenues, au destin sur-déterminé par la misère de leur condition sociale et leur histoire familiale, mais uniques et hautes en couleur, qui va s’égrainer au fil d’une narration efficace, dans un style percutant et sans fioriture. Romy la jeune mère célibataire qui a assassiné son harceleur, Fernandez la multi-récidiviste, Bethy LaFrance la « star » du couloir de la mort, romantisant à l’excès sa vie de veuve noire excentrique pour tromper l’ennui et la solitude, Conan l’homme transgenre réassigné par le pouvoir de l’administration à sa condition biologique… autant d’évocations de vies bouleversées, pour tisser un panorama réaliste de la société américaine. San Francisco et la Californie, loin des images d’Épinal.

Réaliste et lucide à l’image de son héroïne, le roman oscille ainsi entre la tentation de subir son existence, d’accepter les conséquences d’une mauvaise main de départ en restant à la place qui vous est assignée, et le désir de pousser les murs pour recouvrer sa liberté – mais comment, et sous quelle forme ?

Un roman âpre et énergique, qui se laisse dévorer.