Lu et apprécié par Charlène

L’Université de Rebibbia

Goliarda Sapienza, ed. Le Tripode


Après L’art de la joie (ed. Liana Levi) et Moi, Jean Gabin (ed. Attila), nous attendions avec une certaine impatience la parution d’une nouvelle oeuvre de Goliarda Sapienza en français, et nous n’avons pas été déçus ! Dans L’Université de Rebibbia, l’auteure italienne fait le récit de son séjour à la prison pour femmes de Rebibbia à Rome, en 1980. Arrêtée pour vol et recel de bijoux, elle partage sa cellule avec deux prisonnières de droit commun, une mendiante et une junkie, mais elle fait rapidement la connaissance de prisonnières politiques, qui sont nombreuses puisqu’il s’agit des « années de plomb ». Goliarda Sapienza raconte avec minutie la peur de l’insomnie, la pensée du suicide, le manque d’exercice, ou encore l’impression de retomber en enfance qu’elle ressent en tant que détenue. Mais elle dresse aussi des portraits hauts en couleur de ses co-détenues et rapporte des scènes mémorables, comme lorsque des « politiques » veulent la faire emménager dans leur cellule car elles considèrent que c’est une « dame » et qu’elle n’a rien à faire avec des prisonnières de droit commun, et que ses co-détenues se battent pour qu’elle reste avec elles. Le récit de Goliarda Sapienza ne constitue pas seulement un superbe témoignage sur la prison, cette « fièvre qui révèle la maladie du corps social », c’est avant tout un texte sublime à l’écriture pleine d’humour et de poésie.