Né d'aucune femme, Franck Bouysse

Lu et apprécié par Anne

Né d’aucune femme

Franck Bouysse, éditions La Manufacture de livres


Quelque part en France, dans la campagne, à une époque qui pourrait être la fin du XIXé siècle, un prêtre reçoit une bien étrange confession : une liasse de feuillets, dissimulés sous l’habit d’une défunte d’un asile,  à qui on lui a demandé de donner l’ultime bénédiction. C’est ainsi, à travers les yeux d’un homme de foi, que l’on découvre la vie de Rose, une jeune femme vendue à 14 ans pour devenir l’esclave d’un riche propriétaire de forge et sa mère. Une existence terrible dont le lecteur connait déjà l’issue, mais qui lui réserve encore bien des surprises.

S’il s’agit d’un roman choral, où la narration est habilement distribuée entre plusieurs points de vue, c’est l’écriture du personnage de Rose qui charrie toute l’émotion dont il fait preuve. Franck Bouysse parvient de manière admirable à se fondre dans les pensées du personnage, à restituer le point de vue et le style d’une jeune fille, peu lettrée, mais d’une rare force expressive. Les ressources de détermination qu’elle déploie pour résister, survivre, donner un sens à sa vie malgré l’horreur, nous font nous sentir lié à son destin comme si c’était le nôtre, et consacrent la puissance des mots, de l’écriture.

Une fois encore, Franck Bouysse tire la matière de son récit des turpitudes de la nature humaine. Une profonde noirceur, sur laquelle contrastent des voix intenses et belles, de celles qu’on tente de réduire au silence, et auxquelles il dédie sa plume. Ici, le cadre histoire et le réalisme rural se fondent derrière le bouleversant portrait de femme dont ils sont la toile : Rose, un prénom qui tiendra tout au long du roman et que vous n’oublierez pas de sitôt !