Oyana Eric Plamondon

Lu et apprécié par Anne

Oyana

de Éric Plamondon, éditions Quidam


L’année dernière, Taqawan avait été une petite révélation : c’est donc un réel bonheur que de retrouver, avec ce nouveau roman, la finesse et l’originalité de l’écrivain québecois Eric Plamondon.

Il débute comme une lettre d’adieu : Oyana, qui vit au Québec avec son mari médecin, décide de mettre un terme à leur vie conjugale et de retourner dans sa région de naissance, le Pays Basque. Au même moment, en avril 2018, l’organisation armée des indépendantistes basques, l’ETA, annonce sa dissolution… Qu’est-ce qui peut bien lier ces deux événements ?

Dans une confession adressée à l’homme qui partageait sa vie mais écrite aussi bien pour elle-même, elle retrace les raisons qui l’avaient poussée à quitter son pays natal, plus de 23 ans auparavant, et celles qui l’amènent aujourd’hui à y retourner.

On découvrira que l’histoire d’Oyana, son exil, ses dilemmes personnels et les remords qui l’animent, sont intrinsèquement liés à celle des indépendantistes… une Histoire qui nous fera remonter jusqu’à la guerre d’Espagne et au régime franquiste. Eric Plamondon a en effet le don pour tisser des liens entre les destins, fouiller la mémoire des peuples, mêler l’intime et le politique.

Sous forme de courts chapitres, le récit alterne première et troisième personne, introspection et tableaux historiques, récit et bribes de documents nous éclairant sur une Histoire collective qui détermine les choix individuels. Ce dispositif de narration qui donne relief et vie à un roman qui se dévore avec un immense plaisir.

Eric Plamondon semble chercher, dans les cultures et les langues vernaculaires, l’expression d’un rapport essentiel au monde. Récit d’un retour au pays natal, Oyana est plein de réflexions sur les racines qui nous lient profondément à une terre, une mer, à des êtres, et sur le langage qui façonne nos représentations. Cela se traduit dans l’écriture même, par des descriptions, des images poétiques d’une grande beauté. La figure omniprésente du roman, tout comme le saumon l’était à Taqawan, est ici la baleine : c’est elle qui traverse l’Atlantique et relie deux continents, celle dont les chasseurs basques ont fait l’une de leurs ressources principales, ou c’est encore le cachalot dont le gigantesque corps échoué sur une plage a marqué à jamais le souvenir d’une petite fille.

Un leitmotiv qui augure peut-être d’une autre créature marine, pour un prochain livre aussi juste et émouvant que celui-ci.