Cette rentrée littéraire est bousculée par un évènement éditorial inédit : la conclusion du post-exotisme d’Antoine Volodine, un des derniers mouvements littéraires français. Cette 49e et ultime œuvre post-exotique s’intitule Retour au goudron et est constituée de 11 volumes de brochures bardiques répartis chez 11 éditeurs différents.
Un geste unique, tout comme son auteur et son univers. Petit rappel synthétique du post-exotisme d’Antoine Volodine : un mouvement littéraire démarré dans les années 80, rassemblant plusieurs auteurs (hétéronymes inclus dans l’univers d’Antoine Volodine qui est lui-même un pseudonyme) dans une œuvre-monde que l’on pourrait résumer comme étant un mélange entre La Route de Cormac McCarthy et Samuel Beckett, avec comme base de décor une URSS bouddhiste post-effondrement dans un monde qui n’a aucune limite.
Nous retrouvons donc dans ce Retour au goudron tout ce qui constitue le post-exotisme : l’absurde, la satire du politique et du religieux, le questionnement sur la vie et la mort, sur la fin des utopies et de l’espoir, sur l’émancipation de l’individu… et beaucoup d’autres thématiques qu’explore Volodine avec un ton drôlatique depuis maintenant 40 ans.
Cette œuvre finale se trouve être paradoxalement la meilleure porte d’entrée dans cet univers, tant elle en fait la synthèse. Encore faut-il trouver l’entrée parmi ces onze volumes….
Ma recommandation est de débuter par La Grande misère aux éditions de l’Olivier. Il s’agit d’un roman, contrairement à la majorité des autres volumes, et bénéficie de l’accessibilité de lecture du style romanesque. Nous y suivons un groupe de survivants dans un monde désolé, sans cesse en route vers quelque part sans savoir où, suivi sans s’en rendre compte. Une errance dont le salut se trouve dans le récit et la poésie.
Retour au goudron est une expérience de lecture unique et digne de s’y plonger, pour les lecteur.ices les plus téméraires, les plus curieux.ses, en recherche de littérature autre, d’œuvres vouées au temps long.