Lu et apprécié par Roxane

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage

Haruki Murakami, Belfond


Ce nouveau roman de Haruki Murakami au titre aussi long que difficilement prononçable, se rapproche plus d’un Kafka sur le rivage que de la trilogie des 1Q84.  On y découvre la petite vie tranquille et monotone de Tsukuru, jeune trentenaire architecte dans le secteur des gares, qu’on a bien du mal à décrire plus précisément tant il tient à rester transparent. « L’incolore » Tsukuru Tazaki n’a en effet ni amis, ni passions, ni activités en dehors de son travail. Il ne souhaite aucune relation approfondie, la dernière remontant à ses années d’étudiant où il perdit subitement son groupe d’amis sans jamais en connaître la cause. Une histoire plutôt banale et classique au premier abord, mais qui se révèle bien plus complexe au fur et à mesure que l’on progresse dans ses souvenirs. Il y a tout d’abord la signification de son nom (« Tazaki » signifie « faire de ses mains ») : il était le seul dans son groupe d’amis à ne pas avoir d’idéogramme de couleur dans son nom de famille. Ce nom prit tant d’importance que Tsukuru finit par douter de sa propre existence. L’arrivée de Sara dans sa vie marquera un tournant, c’est en retrouvant ses amis qu’il parviendra à retrouver la personne qu’il a été, et ainsi devenir celui qu’il veut être. Mais remuer le passé et renouer avec ses souvenirs ne se fait pas sans peine, devenir quelqu’un non plus. A travers l’introspection de son personnage, Murakami nous tient en haleine tout le long du roman ; on oscille entre la réalité et les rêves de Tsukuru et le doute se révèle permanent. Jusqu’au dénouement final, l’incertitude de Tsukuru est contagieuse et c’est ce qui fait la force de ce roman : le lecteur perd ses repères le temps d’une histoire au même rythme que son personnage principal.